La philosophie

Anaqmiski signifie « miel venu du ciel » en quechua, un nom né dans les Andes qui est devenu un pont entre deux terres, le Pérou et la Bretagne. Il porte quelque chose de plus grand que ce que je n’aurais jamais imaginé.

Anaqmiski est devenu une philosophie du devenir, de « l'art de bee-ing » (jeu de mots entre « being », être, et « bee », l'abeille). C'est la pratique de remarquer les fils qui relient toute chose : les abeilles et la naissance, le corps et la terre, le sacré et le quotidien. Rien ici n'existe isolément. Une ruche est une communauté. Un postpartum est une saison. Un corps se souvient. Anaqmiski est l'espace où tout cela se tient ensemble, pleinement, sous un même ciel. Ce n'est pas arrivé comme une idée au départ mais venu d'une vie qui n'a cessé de revenir aux mêmes questions, jusqu'à ce que le motif devienne impossible à ignorer.

 

Comment tout a commencé

Je n'ai jamais vécu ma vie comme une suite de chapitres séparés. Avec le recul, elle ressemble plutôt à un long apprentissage autour des mêmes questions : comment rester utile ? Comment rester fidèle à mon moi en perpétuelle évolution ? Comment être au service des autres et de cette magnifique planète ? Comment continuer à écouter, quand le monde ne cesse de me demander de me presser ?

J'ai grandi en me déplaçant entre les cultures : mes premiers souvenirs sont au Japon, en Chine, en Roumanie, à Paris, puis j'ai étudié un peu de tout à Bruxelles, Pékin, en Australie, élevée par une famille qui considérait le monde entier comme un seul grand quartier, riche culturellement et texturé. Cette exposition précoce m'a donné quelque chose sur lequel je m'appuie encore aujourd'hui : une forme de confort instinctif face à la différence, ainsi qu'une curiosité et une fascination sincères pour les histoires que portent les autres. Leur singularité, leurs perles de sagesse.
Adolescente, je partageais mon temps entre grandes villes et nature sauvage, et j'ai vite remarqué à quel point je me sentais différente dans chacune. Les villes offraient beaucoup de distractions, mais ce sont les moments calmes et sauvages qui sont restés gravés en moi. J'étais sans cesse ramenée vers la nature, vers ce qui nous avait façonnés, nourris, et maintenus en vie, même si je m'en sentais, paradoxalement, assez éloignée.
Dans la vingtaine, cet appel m'a menée en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où j'ai monté une entreprise de café et dirigé trois cafés. Cela m'a appris à construire quelque chose à partir de rien, à diriger par la présence plutôt que par le titre, et à persévérer dans des conditions souvent compliquées et instables. Ce sont des compétences que j'utilise encore aujourd'hui, simplement au service d'un travail très différent.
À 27 ans, j'ai voyagé au Pérou, et quelque chose en moi a reconnu Cusco dès mon arrivée : les montagnes, l'histoire, la manière dont la communauté était tissée dans la vie quotidienne. J'ai tout laissé derrière moi et je suis restée. Ce qui a suivi fut une année entière de “silence”, à marcher dans les hautes Andes et la Vallée Sacrée, à m'asseoir avec moi-même, à laisser tomber d'anciennes couches. C'est ce qui se rapproche le plus d'un nouveau départ pour moi, et c'est là que les abeilles m'ont trouvée pour la première fois.
Je ne peux toujours pas expliquer complètement ce qui se passe quand je suis avec elles. Le temps change de forme. Mes sens s'aiguisent tandis que mon esprit se tait. Il y a une forme d'attention mutuelle : je les observe, et d'une certaine manière, je suis aussi observée, lue, incluse. Elles sont devenues mon professeur bien avant que je ne me dise apicultrice.
J'ai ouvert une petite boutique de miel à Ollantaytambo, je m'y suis donnée entièrement, puis je l'ai vue ne pas survivre à la pandémie. Je ne prétendrai pas que cela n'a pas fait mal. Mais le deuil, je l'ai appris, n'a pas besoin d'être le dernier mot. De retour en Bretagne, dans un monde en plein chaos, j'ai choisi de faire de cette perte une porte plutôt qu'un mur : je me suis tournée vers la côte bretonne sauvage près de laquelle j'ai grandi, et de nouveau vers les abeilles, cette fois dans un nouveau paysage, en apprenant une relation entièrement différente à la terre. Je suis encore aujourd'hui en apprentissage de l'apithérapie par venin d'abeille, guidée par des mentors au Pérou comme en Roumanie, un fil de plus dans cette même éducation continue.
Quelque part dans cette même période, la maternité est entrée dans l'histoire elle aussi, et avec elle, une toute nouvelle enseignante. Traverser mon propre postpartum, puis me former pour accompagner d'autres femmes dans le leur, m'a montré ce que les abeilles me disaient déjà à leur manière : que la guérison n'est pas linéaire, que le repos n'est pas un luxe mais un besoin biologique, et qu'un corps laissé tranquille retrouve généralement son propre chemin vers l'équilibre, à condition qu'on lui en donne les conditions.

C'est le fil qui traverse tout ce qui est rassemblé ici. L'apiculture, l'accompagnement doula en postpartum, et la formation en thérapie somatique que je poursuis actuellement ne sont pas trois carrières séparées cousues ensemble. C'est un seul chemin, encore en train de se déployer, une convergence, non une réinvention. Chacune m'a appris à ralentir, à prêter une attention plus fine, à être attentive à la respiration de la Nature à travers les saisons, et à faire confiance à ce que le corps, celui d'une ruche, d'une mère, ou le mien, essaie déjà de dire.

 

Kermenguy & la Vallée Sacrée

Anaqmiski a deux foyers. Kermenguy, un manoir familial sur la côte nord sauvage de la Bretagne, est le lieu où vivent les abeilles, où se déroule le travail de doula et de thérapie somatique, et où la terre elle-même, champs de sarrasin, haies face à la mer, dicte le rythme des saisons. La Vallée Sacrée de Cusco est là où tout a commencé, et où un projet à long terme prend encore racine, tranquillement.
Ces deux lieux apparaissent tout au long de ce site, non comme des destinations séparées, mais comme les deux pôles entre lesquels toute cette pratique évolue.

 

Racines en Bretagne, les transmettre

Ces dernières années m'ont surtout gardée enracinée en France, à me former et étudier, et c'est ici en Bretagne, à Kermenguy, que ce prochain chapitre prend véritablement forme.

Kermenguy est devenu bien plus qu'une base : c'est ici que j'ai commencé à réfléchir sérieusement à ce que signifie transmettre tout cela. L'abeille noire bretonne, Apis mellifera mellifera negra, est en danger, moins de 5 % des ruches en France conservent encore cette souche pure et locale, et chaque saison passée à en prendre soin ici ressemble à un petit acte de protection contre une disparition lente et silencieuse.
Cet instinct de transmission s'étend à la génération suivante, très concrètement. J'aime mettre les enfants en contact avec les ruches, non pas nécessairement pour en faire des apiculteurs, mais pour leur offrir une rencontre réelle et incarnée avec le fonctionnement d'un système vivant : patience, attention, réciprocité. Il y a quelque chose de très beau à observer la première rencontre des enfants avec les abeilles ; c'est un rappel de notre propre nature, cette capacité à s'émerveiller devant la Création.
Je propose déjà un programme d'initiation à l'apiculture pour les écoles locales de la région ; vous pouvez en voir des photos et en lire davantage sur la page Bretagne.

Rien de tout cela ne me semble séparé du travail de doula, de la formation somatique, ou du miel. C'est, au fond, la même pratique : être présente, prêter attention, et faire confiance au fait que quelque chose veut continuer à vivre, si on le lui permet.

 

Où j'en suis aujourd'hui

Je continue de me déplacer entre Kermenguy et la Vallée Sacrée de Cusco, et je pense que ce sera le cas aussi longtemps que je ferai ce travail. Le Pérou porte ses propres projets, qui prennent forme tranquillement en parallèle de tout ce qui se passe ici en Bretagne. Plus de détails viendront en temps voulu. Je travaille en français, en anglais et en espagnol.
J'ai crée également encore un petit cours en ligne en anglais, Sacred Bee Wisdom.

Merci d'avoir lu jusqu'ici. Cette philosophie, comme cette histoire, sont toutes deux encore en train de s'écrire, comme elles le seront toujours.

Hasta siempre,
Olga